Ma mondialisationFilm documentaire de Gilles Perret.

« Tous les jours, comme moi, vous entendez parler de catastrophe économique, d’inflation, de chômage… Qu’est-ce qui s’est déréglé dans le monde ? » C’est par la voix d’Yves Montand que commence ce documentaire lumineux, percutant, souvent drôle et perfide, qui nous conte comment s’est mise en place et comment fonctionne cette mondialisation broyeuse d’entreprises et de vies, qui fait si peur aux salariés, mais aussi aux patrons, ravage des régions entières et dont tous répètent en chœur que rien ne saurait l’arrêter, ni même freiner sa progression. Ainsi donc, ni Dieu ni nos gouvernants ni personne n’y pourraient rien, sinon l’accompagner… Mais aurait-elle pu se mettre en place sans la complicité de l’homo politicus ? Côté France, on se rappellera de la loi de déréglementation financière votée en 1985 par un gouvernement de gauche dont le premier ministre était… Laurent Fabius.

Le patron qui joue le rôle de fil conducteur du film frôle l’âge de la retraite, mais il est bouillant d’activité, jovial et rigolard comme un paysan, et dirige une des plus grosses entreprises de décolletage de la vallée de l’Arve, en Savoie. Le décolletage, une spécialité drôlement spéciale, basée sur un savoir faire forgé depuis deux siècles, qui occupait les agriculteurs pendant les périodes d’hiver, puis s’est développéee au coeur d’entreprises familiales, qui elles-mêmes ont grossi au rythme de l’évolution industrielle jusqu’à fusionner entre elles, puis se faire dévorer par plus gros tandis que les petits patrons locaux étaient remplacés peu à peu par des fonds de pension anglo-saxons…
Le père Bontaz est un malin qui a toujours couru plus vite que les autres, pigeant dans les premiers que la délocalisation de la partie peu spécialisée de son activité serait ce qui lui permettrait d’être plus compétitif que ses confrères. Il faut dire que leurs clients ne sont pas des tendres : Renault, Peugeot à leurs débuts, mais désormais toutes les grandes compagnies mondiales, celles de l’armement comme celles de l’automobile, du médical, de l’aérospatiale… font pression pour faire baisser les prix.
« Je vais en république Tchèque pour sauver les 300 emplois d’ici » : la délocalisation ou la mort… Bontaz pleure presque de découvrir, sous notre nez, que les salaires versés par son entreprise en Chine ne dépassent pas 80 euros par mois (mais un peu plus tôt, il se marre d’avoir pu se payer un hôtel en Martinique sans bourse délier grâce à une histoire de défiscalisation…) C’est le système qui est comme ça : qu’est-ce qu’il y peut ? Grâce à Bontaz et à ses copains, on plonge au cœur des dernières mutations du capitalisme mondial et on entrevoit la suite : coincé entre le gouvernement chinois qui impose que « les pièces soient intégralement faites sur place d’ici 5 ans », supposant un transfert de compétences qui pourrait bien signifier que celles des habitants de la vallée de l’Arve cesseront d’être uniques… et les exigences de General Motors dont les sbires passent tous les mois pour surveiller la qualité des pièces produites, prêts à changer d’interlocuteur le jour où le travail en direct avec les entreprises chinoises leur permettra une économie supplémentaire, quelle solution pour le père Bontaz ? Peut-il espérer plus de tendresse d’EADS qui fait exécuter là ses pièces pour un Airbus 380 dont on connaît les avatars ?

Depuis peu (un peu tard ?) les habitants de la vallée de l’Arve découvrent « grèves » et « manifestations » (ce n’était pas dans notre culture). 12000 salariés y travaillent encore dans 500 entreprises… Pour combien de temps ? Que faire contre l’emballement d’un système absurde sur lequel plus personne ne semble avoir prise ?

France – 2005 - 1h26 - 1,26Go résolution DVD - Les Films du Paradoxe
Plus bonus L’économie mondiale vue par Frédéric Lordon - 16mn