C’est une initiative des Cinémas Utopia cherchant à apporter une réponse aux questions posées par notre époque sur les échanges culturels et la rémunération de la création, dans un contexte de ce que l’industrie culturelle a appelé la « guerre du copyright », de crispation autour du droit d’auteur qui tend à opposer les créateurs et leur public par la création de lois liberticides et inefficaces. Vidéo en Poche est la modeste contribution de salles indépendantes.
Le principe est simple : vous venez à la caisse d’une des salles membres du réseau Vidéo en Poche, avec votre support amovible type clé USB ou carte mémoire, et on vous copie dessus le film de votre choix au format ouvert Matroska (.mkv), sans DRM, contre la modique somme de 5€ (les 5€ comprennent 3€ pour l’ayant droit, 0,82€ de TVA et 1,18€ pour la salle). La résolution minimale de la vidéo est celle d’un DVD, et quand la source le permet la vidéo sera à une résolution HD (720p).
Vidéo en Poche, c’est aussi le développement d’un logiciel libre par la société Objectif Libre, financé par les salles Utopia. L’objectif est de mettre en place un vrai réseau de diffusion alternatif de films. Pour l’instant, seules les salles Utopia en font partie, mais déjà les autre salles indépendantes de l’association ISF devraient bientôt le rejoindre. Pour permettre d’agrandir ce réseau, il était nécessaire d’avoir un outil informatique à même de faciliter la gestion des ventes et de remonter de manière fiable les données de ces ventes sur une partie serveur à destination des ayants droit. Le développement libre permettra que personne, pas même nous, ne puisse s’accaparer cet outil, et donnera la liberté à d’autres de pouvoir l’adapter à d’autres langues voire à d’autres usages.
« Mais pourquoi donc ? » D’abord parce que, salles Art et Essai Recherche, ce qui nous anime est de faire partager des œuvres qui n’ont souvent pas accès à d’autres écrans que les nôtres, ni même au piratage qui n’est somme toute qu’un « avatar » de la consommation de masse.
Parce que le support matériel n’est plus adapté aux usages, que les prix pratiqués dans la vente de DVD sont souvent dommageables à une diffusion plus large de films modestes, et qu’il serait temps pour le bien-être de la planète d’arrêter de graver par millions des galettes de plastique.
Parce que la culture n’a de sens que si elle s’inscrit dans une relation humaine, nous ne proposerons pas de borne automatique ni même de téléchargement sur Internet, d’autres s’en chargerons bien mieux que nous.
Le prix du film correspond au prix moyen d’un ticket de cinéma, et le format ouvert sans DRM permet toute liberté dans la pratique culturelle (dans le cadre d’un usage strictement privé bien sûr), tout en étant un format pérenne pour l’archivage personnel d’œuvres culturelles. Le format Matroska s’imposait car il répond à ces exigences, qu’il permet plusieurs sous-titres et pistes son, qu’il est déjà largement utilisé, qu’il existe de plus en plus d’appareils de salon capables de lire ce format, et qu’il est lisible pour le moins par VLC, un logiciel libre multi-plateforme.
Non au Mac Drive, réalisé par Frédéric Chignac, fut le premier film à être proposé en copie sur support amovible à Utopia Bordeaux lors d’une projection en présence du réalisateur le 24 septembre 2009. C’est grâce à lui et à l’enthousiasme des spectateurs ce soir-là, que nous avons décidé de faire de cette expérience une vraie solution alternative. Pour cela, son film est, et restera proposé dans le réseau Vidéo en Poche tant qu’il le souhaitera. Non au Mac Drive est mis à disposition sous un contrat Creative Commons
. Les licences CC permettent d’encadrer légalement des pratiques liées à l’environnement numérique, tout en protégeant les droits d’auteur (pour mieux comprendre l’objet de ces licences, le mieux est de regarder cette conférence de Lawrence Lessig).
Un grand merci également à l’ABUL et à Toulibre, associations d’utilisateurs de logiciels libres, pour leur soutien et l’aide qu’ils nous ont apporté pour mettre en place cette expérience lors des projections de Non au Mac Drive à Bordeaux puis à Tournefeuille.
Les Films du Paradoxe sont le premier distributeur vidéo à vouloir tenter avec nous ce nouveau mode de diffusion avec les films : Les brebis font de la résistance, Ma mondialisation, Paul dans sa vie, et Les LIP, l’imagination au pouvoir. Nous saluons ces défricheurs de talents pour leur esprit d’aventure, et les remercions pour la confiance qu’ils nous accordent.
Le lancement de Vidéo en Poche se fera à Utopia Bordeaux durant les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre du 6 au 11 juillet, puis dans toutes les salles Utopia à partir de septembre.
Si le principe vous plait, et si vous souhaitez que la salle de cinéma près de chez vous participe à cette initiative, n’hésitez pas à leur en parler ! Plus il y aura de salles, plus le réseau sera attractif pour les ayants droit.
Si vous connaissez un éditeur vidéo où un cinéaste dont vous aimeriez voir les films diffusés de cette manière, n’hésitez pas à leur en parler ! Plus il y aura de titres disponibles, plus ce mode de diffusion sera intéressant.
Commentaires
Une idée géniale et un peu folle qui révolutionnerait positivement le cinéma ! Merci Utopia !
Evangelline@Evangelline : merci pour vos encouragements ! On espère vraiment que cette initiative apportera quelque chose.
RodolpheBravo. Selon moi, c’est une réponse formidable à l’Hadopi.
Jul-bahutiersPour des questions de confort, le home cinema a dépassé le cinéma classique depuis longtemps.
De la gestion du volume sonore à la qualité d’image souvent meilleure, en passant par la flexibilité des horaires de séance et la création d’entracte(s) pour aller chercher une glace. Et je ne parle pas de s’endormir devant le film et de regarder la fin le lendemain.
Je vais passer acheter des films sur clé usb et les regarder chez moi pendant le diner plutôt que de télécharger un film à grande diffusion probablement pas terrible.
Une seule remarque: je travaille à 300m de l’Utopia Bdx, et j’avais réussi à ne pas être au courant avant de lire un article sur internet par hasard. Je me demande comment faire pour informer les gens de cette initiative. Peut-être que le bouche à oreille suffira, mais ce sera long.
En tous cas bravo.
Franchement super idée, je serai cliente à fond, merci pour ça .
rosyMerci aussi à Utopia Tournefeuille, pour la chaleur de cet endroit que j’adore, pour l’ambiance qu’il dégage et pour aussi les bons petits plats du resto hummmm!!! et bien sûr pour la programation des films.
Très bonne initiative !
picaBonne idée c’est sur! Cependant j’ai bien peur que cela reste marginal et ait du mal a se développer à plus grande échelle.
ArnaudTrès bonne initiative, en espérant que cela se développe bien.
ErikVous le connaissez certainement mais je voulais rappeler le collectif Kassandre ( http://kassandre.org ) qui se consacre aux films sous licence libre et/ou de libre diffusion. Votre initiative me semble complémentaire à la leur, j’espère vivement que vous pourrez faire des choses ensemble.
En vous souhaitant très bonne continuation, et merci pour votre refus des verrous numériques.
AuvergnatBonjour,
Bonne chance de tout cœur à cette initiative ; je vais faire circuler l’info dans mon réseau car il y a là en germe l’alternative au risque de fermeture actuelle.
Bien à vous,
Serge MeunierSerge Meunier - écrivain
Merci à tous ! Faites circuler l’info, c’est comme ça que d’autres salles et distributeurs se joindront à nous (d’ailleurs on fera un billet bientôt sur les nouveaux films qu’on aura en septembre, mais je peux dores et déjà vous dire que ED distribution et les Films du Whippet vont tenter l’aventure avec nous :)
@Auvergnat : le collectif Kassandre peut évidemment nous contacter s’ils souhaitent faire quelque chose avec nous.
RodolpheExcellente initiative! En espérant que ça porte ces fruits…
Le RekkonnnuJe teste ça dès la rentrée des vacances!
Chouette initiative, qui ne supplante en rien pour moi la projection dans mes salles préférées, mais ouvre un canal de distribution alternatif pour d’autres films bien choisis. Logiciel libre par-dessus le marché : que des bons choix.
YLG007On ne le dira jamais assez : VIVA UTOPIA !
Yann
Quand les salles de cinéma font de la résistance, c’est ce genre d’initiative courageuse et novatrice qui fait avancer la réflexion sur le 7e art et le téléchargement. Bravo Utopia !
Salles-cinema.comEh bien moi, je trouve que 5€,c’est cher ! Surtout qu’il faut se déplacer (j’habite à Pau 64… le Mélies va s’y mettre sûrement), autant voir le film en salle à ce moment-là. D’autre part, je ne suis pas sûr que mon lecteur de salon lise le format Matroska que je découvre aujourd’hui.
pinionOui oui et trois fois oui. J’ai entendu l’info sur les ondes. C’est génial. En plus le choix des documentaires triple l’intérêt d’un tel système. Ce sont des films difficiles à voir en salle si on habite une petite ville… ou pas le temps d’aller au cinéma (et oui vie aidant et enfants en bas âge).
Le must serait que l’on puisse télécharger ses œuvres… car je n’habite pas à côté d’un Utopia. Zut ! Et ouvrir l’ensemble à la diffusion d’œuvres libres pour une plus grande diffusion (avec pourquoi pas la musique, littérature…)
Et puis un rêve, organiser des spectacles live, lectures et conférences au sein de vos salles. Comme au bon vieux temps. Et ouvrir la culture à tous. Avec en prime la possibilité de repartir avec ce que l’on vient de voir ou d’écouter dans la poche, simplement, comme l’avait fait par exemple le groupe de rock français Godon.
Cela représente l’avenir car avec ce qui se profile chez les FAI, la bande passante ne sera plus extensible… ou alors payante pour obtenir le débit d’aujourd’hui.
Enfin, à la remarque de Pinion, il serait peut-être bon d’avertir qu’un lecteur comme VLC disponible sous les trois plate-formes est capable de lire le format Matroska, voir le fournir avec l’œuvre.
Bravo. Bravo à vous, et à (très) bientôt j’espère.
infieldBonjour.
Henri GolantBravo pour votre initiative.
Je voudrais savoir quelle doit être la capacité de mémoire disponible sur la clé USB que l’on apporte au cinéma.
@HenriGolant : la capacité de la clé doit être d’au moins 2Go, mais pour plus de précision, le poids de chaque film est spécifié en bas de leurs pages de présentation.
@pinion : comme le suggère @infield, VLC est disponible sur toutes les plateformes. J’ajouterais que le format ouvert permet à ceux qui le souhaitent toute modification pour une lecture sur le matériel de leur choix (mais de plus en plus d’appareils permettent de lire des mkv). Je conseillerais cependant de conserver le fichier au format Matroska, car plus pérenne.
RodolpheC’est une très bonne nouvelle, mais Utopia c’est très loin de chez moi : J’attendrai avec impatience la disponibilité de l’offre en ligne.
pdrConcernant le format, mkv est un excellent choix d’autant que la plupart des disques durs multimédia le supporte (mise à jour du firmware parfois nécessaire) pour une visualisation confortable dans son salon, y compris en HD.
Comme quoi des solutions intelligentes et efficaces existent.
clfb87Formule à développer surtout pour les courts mêtrages et réalisations sans grandes chances “commerciales”.
Bravo.
Chers inconnus, cher video en poche, Je ne comprends pas tres bien l’enthousiasme de cette initiative et des commentateurs.En quoi le fait de recuperer des films pour les voir chez soi dans son lieu prive plutot que de partager dans une salle est-il un progres, un plaisir ou quelque chose de formidable. Car les films proposes, j’imagine, seront ceux de la salle ou bien s’agit-il d’une banque d’acces a de nombreux films ?
Plutôt que de tirer le cinéma et nos regards vers quelque chose de beau, on pousse a nouveau, en voulant faire une juste initiative, vers d’avantage de consommation. Plutôt que de faire a la confiance à la salle et d’aller voir les films lorsqu’ils passent et qu’ainsi il puisse y avoir rencontre, on ira au cinema comme au mac drive faisant du meme coup de ces films d’auteurs de simple biens de consommation, des hamburgers. Plutôt que d’exister sur un ecran dans une salle autour d’un partage, les films mourront emprisonnés sur des écrans LCD de mauvais qualité lors de projection autour d’un plat de nouille. Les auteurs s’il en est, verront leur circuler aléatoirement et il n’y aura alors plus du tout de relation au public.
L’enthousiasme général m’interpelle, ai-je bien saisi. Si c’est le cas je trouve l’initiative détestable et dommage pour le cinéma et ceux qui prétendent l’aimer. Si je me trompe, je m’excuse de ces mots durs, Bien a vous lecteurs.
jCher J,
Vos mots sont effectivement bien durs… Cette offre n’a évidemment pas pour but de faire déserter nos salles, ça n’aurait pas de sens. Mais hélas nous ne pouvons garder à l’écran indéfiniment tous les films que nous projetons, cette offre leur permet d’avoir une seconde vie et, c’est leur vocation, d’être vus. Ce ne sont pas les films que nous avons à l’écran pour la bonne raison que la chronologie des média ne le permet pas, nous devons respecter un délai de 3 à 4 mois entre la sortie salle et la sortie vidéo.
Nous n’avons pas « inventé » la vente de vidéo ni même la télévision, ce que vous semblez nous reprocher, nous nous bornons à proposer une offre alternative que nous estimons plus adaptée aux enjeux de notre époque, et nous souhaitons au contraire la rencontre avec les personnes qui nous font confiance sur nos choix de programmation. Nous aurions sinon proposé un service de VoD sur Internet, ou installé des bornes automatiques. Dans nos salles, on ne surveille pas les spectateurs avec des lunettes infra-rouge comme cela se pratique dans les circuits, et on ne remplace pas les humains par des machines. Vous vous trompez ainsi, j’ai le regret de le dire, lourdement sur nos intentions.
RCher R, merci de ta reponse. J’avais effectivement bien mal compris vos intentions. Le dispositif ne s’avère pas comme je l’ai cru, un remplacement d’écran mais plutôt comme un palliatif aux disparitions trop rapides de certains films, voire a la non existence de certains autres. Mea culpa, bien a vous,
j