The saddest music in the worldGuy MADDIN - avec Isabella Rossellini, Maria De Medeiros, Mark McKinney, Ross McMillan, David Fox…

C’est un film formidable : d’imagination débridée, d’invention foisonnante, de loufoquerie absurde, d’émotion inattendue, de lyrisme exaltant, de beauté visuelle luxuriante… Les adjectifs pleuvent mais c’est presque inévitable tant les sensations ressenties sont multiples et neuves : on a vraiment l’impression que Guy Maddin ré-invente le cinéma en revenant aux sources de l’émerveillement, de la candeur, de la croyance absolue en la possibilité de raconter les histoires les plus folles par la seule grâce des images et des sons. L’inclassable Canadien a déjà à son actif quelques œuvres assez sidérantes (Tales from the Gilmli Hospital, Archangel, Careful, Dracula…), qui lui ont gagné des admirateurs indéfectibles (parmi lesquels son compatriote David Cronenberg) mais qui sont restées confidentielles. The saddest music in the world pourrait être le film de la consécration auprès d’un public plus large tant il est jubilatoire et enthousiasmant.

L’intrigue se déroule à Winnipeg (ville natale du cinéaste et inépuisable théâtre de son inspiration) en 1933, au pire moment de la Grande Dépression, et présente une captivante autant que délirante histoire de désir, d’amour, de cœurs brisés… et de bière !
Lady Port-Huntly, baronesse locale de la bière (Isabella Rossellini, impériale), bien décidée à profiter jusqu’au dernier moment de la Prohibition qui fait loi aux États Unis tout proches, lance le concours international de la musique la plus triste du monde, car c’est bien connu : plus les gens sont tristes, plus ils boivent… Des candidats de tous les horizons affluent vers la ville enneigée et glaciale, dans l’espoir de remporter le prix faramineux de 25.000$ : des mariachis mexicains larmoyants, de sombres cornemuseurs écossais, de tristes joueurs de tambours africains et bien d’autres ensembles moroses rivalisent de mélodies accablantes, de rengaines déchirantes devant un public bruyamment enthousiaste qui fait largement honneur à la bière locale, et pour le plus grand plaisir d’un auditoire mondial par le biais de la TSF qui retransmet bien sûr l’événement.

C’est sur cet arrière-plan tout à fait farfelu que la famille Kent vient révéler ses lamentables antécédents, alors que ses différents membres tentent de remporter le fameux prix. Chester, le cadet, producteur déchu de Broadway, entend tirer les larmes du jury par sa création à l’américaine. Roderick, le fils aîné violoncelliste, revient de la guerre en Serbie (un pays désolé qui lui convient parfaitement), inconsolable à la suite de la disparition de son épouse bien-aimée. Leur père Fyodor croule sous la culpabilité d’avoir causé l’amputation accidentelle des jambes de l’amour de sa vie, qui n’est autre que Lady Port-Huntly (on ne vous révèlera pas la nature de ses jambes artificielles, c’est une des inventions les plus étonnantes du film…). L’arrivée de Narcissa (Maria de Medeiros), la nouvelle compagne de Chester, muse somnambule et nymphomane, vient compliquer encore les choses…

Canada - 2003 - 1h39 - VOSTF - 1,18Go résolution DVD - ED distribution - Écrit par Guy Maddin et George Toles, d’après un scénario de Kazuo Ishiguro.