J'aime la vie, je fais du vélo, je vais au cinéma (1)Film documentaire de Francis Fourcou, avec les équipes des cinémas Utopia, Cinambule, Aremberg Galeries, Jean Eustache, Sainte Foy la Grande, Mugron… un coiffeur belge et Alain Juppé en « guest star » !

Le film commence par une drôle de rencontre, le début d’une histoire d’amour autour d’un petit cinéma de rien du tout qui s’appelait Utopia. C’était à Toulon, dans le sud de la France… Elle s’appelait Michèle, il s’appelait Paulot et avait de gros biscotos. Elle venait voir « T’es heureuse ? moi, toujours ! », il lui vendit le premier ticket de la soirée et l’invita à boire une grenadine…
Au même moment, à l’autre bout de la France, côté Nord, de doux allumés s’interrogeaient sur le devenir d’un vieux rêve : ils avaient récupéré un vieux bus allemand, consacrant leurs thunes, leurs loisirs et même davantage à en faire un cinéma sur roues, se rêvant colporteurs nomades de cinoche. Après deux années d’efforts, le bus enfin opérationnel, obligés de renoncer à leur rêve, ils avaient tout simplement téléphoné à Utopia : « cadeau ! pourvu que vous preniez la suite et que tout cela n’ait pas été fait pour rien ». Peut-être bien que c’était Noël… Paulot et Michèle passèrent leur permis « poids lourds », et s’embarquèrent le cœur hilare vers les Landes après avoir repeint et baptisé l’engin, désormais rose et bleu : « Utopia-Cinambule »…

Ainsi commence cette chronique amusante et amusée qui, de Bordeaux à Toulouse, en passant par Bruxelles, Pessac, Liège et Mugron, va vous entraîner dans une promenade au cœur du quotidien de salles foutrement indépendantes. Utopia y tient une bonne place, et le film se termine à Tournefeuille, dernière née alors des salles utopiennes. Entre temps, on aura survolé l’histoire de l’exploitation, guidés par un super prof de ciné sympa qui fait du vélo à Bordeaux… On s’interroge sur ce qui fait la différence entre les petites salles du coin et les gros multiplexes gaveurs de pop-corn. À la suite d’un coiffeur belge bavard et très rigolo, on s’engouffre dans le plus gros mastodonte du genre, le premier à avoir vu le jour en Europe : le Kinépolis bruxellois. On aperçoit un éléphant manifestant avec les cinémas indépendants, cousins belges d’Utopia…
On traîne dans les cabines de projection, et vous aurez enfin les réponses à ces questions lancinantes qui perturbent vos nuits : comment tout ça a commencé ? Comment le cinéma fonctionne, où c’est-t-y qu’on va ?…

Associations de passionnés, passeurs de films, rêveurs d’images : le cinéma, c’est un gros morceau de leur vie, ils défendent celui qu’ils aiment bec et ongles, ils racontent, modestes et enthousiastes. Là comme ailleurs, on prend conscience qu’on peut toujours inventer des alternatives, qu’elles peuvent durer, qu’elles durent, que ceux qui les portent n’ont rien d’exceptionnel mais que ce n’est pas une mince affaire, et que les spectateurs y comptent pour beaucoup. La jolie musique qui accompagne le film est à son image : un zeste de nostalgie, beaucoup de vitalité et toujours, toujours, le sens du partage, le plaisir de se retrouver autour d’une bonne petite bouffe pour refaire le cinéma et, puisqu’on y est, le monde…

France - 2004 - 1h25 - 1,05Go résolution DVD - Ecransud