Et la vie continueÉcrit et réalisé par Abbas Kiarostami

Après le tremblement de terre de 1990 qui a ravagé le nord de l’Iran, un cinéaste et son fils tentent de rejoindre le village de Koker situé au centre de la catastrophe. L’homme s’inquiète de savoir si les deux enfants qui avaient joué dans Où est la maison de mon ami ? sont encore en vie. Il interroge les passants en leur montrant une photo du film de Kiarostami. Le cinéaste réalise alors que la vie continue… « À rebrousse-poils de tous les pathos, l’option dédramatisée fait l’humanité, le culot et l’incroyable liberté de ton de Et la vie continue. » (Ange-Dominique Bouzet - Libération)

Où est la Maison de mon ami ? était une merveille de fiction fortement ancrée dans la réalité ; avec Et la Vie continue, Kiarostami brouille un peu plus les frontières entre documentaire et fiction : l’Iran qu’il traverse est bien le vrai, celui qui pleure ses milliers de morts au milieu des ruines, les gens qu’il croise sont de toute évidence sincères quand ils affichent leurs malheurs, l’enjeu du film est bien réel, retrouver un enfant à qui l’on tient. Mais le film est en même temps évidemment scénarisé, le rôle du cinéaste étant d’ailleurs interprété par un acteur. La mise en scène, toujours aussi puissante dans sa radicalité en même temps que d’une sidérante beauté, n’est pas « faite sur le vif », on sent bien que tout est calculé de ce qui doit rentrer dans le champ, des rythmes, des cadres. Alors on est sans arrêt balancé entre la vérité de cette douleur et de cette quête, et l’artificialité du cinéma : thème éternel de Kiarostami, qui trouvera d’autres arcanes dans Ten ou dans Le Vent nous emportera, qui prolongeront encore ces questionnements éthiques.

Kiarostami n’est pas encore le créateur expérimental et cérébral qu’on connaît aujourd’hui. Splendide visuellement, très riche dans le fond, Et la Vie continue est impressionnant dans ce qu’on pressent du Kiarostami futur, au niveau formel : il y a déjà une utilisation du cadre qui sidère par son aspect mathématique, une réflexion très morale sur le travelling, et un refus de toute facilité. Déjà très conceptuel, le film n’est pourtant jamais froid, bouleversant dans sa façon de regarder un pays ravagé, dans la tendresse sans sentimentalisme qu’il confère aux gens.

Iran - 1991 - 1h31 - VOSTF - 1,02Go résolution DVD - Les Films du Paradoxe.