Le PassagerÉcrit et réalisé par Abbas Kiarostami, d’après l’histoire de Hassan Rafïï.

Dans Le Passager, premier film de Kiarostami, « toutes les qualités et tous les thèmes de ses films futurs sont déjà à l’œuvre. Sans complaisance ni coquetterie, la vie des enfants, la résistance aux règles établies, la cruauté quotidienne des rapports sociaux sont montrés avec une sorte d’évidence discrète, naturelle. » (Jean-Michel Frodon, Le Monde)
Si Truffaut était né en Iran, nul doute qu’il pourrait être l’auteur de ce Passager, qui a le même goût que le cinéaste des 400 coups pour la jeunesse brimée et brisée, et qui dresse en gros le même portrait de l’enfance : magique et innocente, drôle et débrouillarde, et en même temps assez sombre dans ses rapports avec les adultes, et totalement immorale quand il s’agit de satisfaire les désirs immédiats.

Ghassem est un garçon passionné par le foot, et inversement captivé par les études. Il se met en tête d’aller à Téhéran pour assister à un match de l’équipe nationale. Comment passer outre l’interdiction des parents ? Comment trouver les 30 tomans nécessaires au voyage ? Comment se débrouiller face à un monde peu décidé à assumer ce désir ? Kiarostami, sur cette trame naïve et épurée, suit pas à pas les inventions de son héros, entre débrouillardise et petits larcins, jusqu’au fameux match. Il en profite pour tenter toutes sortes de styles : mélodrame poignant proche d’un De Sica quand le gamin essuie un échec, comédie enlevée quand il montre ses mini-escroqueries à l’appareil photo, critique sociale bouleversante quand il s’attarde sur un prof torturant physiquement un gosse, documentaire quand il laisse sa caméra filmer la vie telle qu’elle est. Il réussit haut la main tous les genres, bien entendu, livrant un grand moment d’émotion pure.

On est vite pris dans une totale empathie pour ce gosse, d’autant que rien ne lui est épargné des tourments de l’existence. D’accord, il a tort de piquer dans la bourse de maman ; d’accord, il entube des petits en les prenant en photo avec un appareil cassé ; d’accord, il ne devrait pas vendre les filets de foot dont il est responsable. Mais la vie lui donne tellement de coups, par l’intermédiaire des profs, des parents démissionnaires, des flics, qu’on ne peut qu’applaudir à ses idées hors-la-loi. La fin du film, inattendue, vient confirmer ce qu’on sentait de sous-texte dans ce film : ce qui importe, ce n’est pas l’issue, c’est le combat. Fidèle à un néo-réalisme de la plus belle eau, constamment touchant dans sa dureté aussi bien que dans sa tendresse, Le Passager est un des plus beaux films sur l’enfance qui se puisse rêver. Ghessam, petit frère iranien d’Antoine Doisnel, est l’enfant-héros idéal, insolent et mutique, passionné et bûté. Grand film, déjà.

Iran - 1974 - 1h10 - VOSTF - 886Mo résolution DVD - Les Films du Paradoxe - Musique de Kambiz Roshanravan.