Cat-Reverend-Slave.jpgFable documentaire ethnographique et récit d’anticipation d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita.

Alain Della Negra et Kaori Kinoshita explorent les méandres de Second Life, ce « métavers » qui apparaît plutôt, quelques années après sa création (2003), comme une sorte de terrain d’expériences, une autre forme de réseau social, riche en possibilités et en travestissements. Au départ du projet, une exploration méthodique, un an de rencontres et d’échanges en ligne avec une communauté disséminée mais qu’ils circonscrivent bientôt à la côte ouest des États-Unis, le berceau de Second Life. Un an de repérages et de nuits blanches passées à ratisser une zone où les fantasmes les moins avouables sont possibles, où le réel et le virtuel s’épousent en un drôle de tissu, à la fois informatique et tellement humain.

The Cat, the Reverend and the Slave est une virée « IRL » (In Real Life) à la rencontre tout à fait réelle des membres des différentes tribus qui constituent Second Life, les furries, les goréens et les évangélistes, mais à des années-lumière d’un énième pensum pédagogique sur les univers virtuels. « On a passé un an à voyager sur Second Life, au moins quatre heures par nuit, en se relayant […] C’était pour nous un moyen de rencontrer des joueurs, de rentrer en contact avec eux et de leur expliquer notre projet de film. Certains s’enfuyaient immédiatement, d’autres au contraire ont commencé très vite à se confier et même à vouloir se raconter. »
Rapidement, le film prend une dimension vertigineuse, la rationalité ne semble plus avoir sa place. Un homme extériorise ses tendances à être un chat, un autre contrôle la vie sexuelle de ses esclaves depuis sa chambre, un pasteur évangélise les âmes en déshérence sur SL… Les réalisateurs ne jugent pas, le spectateur, lui, a froid dans le dos avant d’être gagné par une certaine tendresse. Car s’expriment ici, et de manière inédite, une quête de sens et un appel vers l’autre. Tour à tour fable, film ethnographique et philosophique, la force de The Cat, the Reverend and the Slave est de restituer à merveille l’imbrication du réel et du virtuel, en restant constamment à l’écoute de ses personnages : « pour les joueurs de Second Life, “seconde vie” ne signifie pas vie simulée, mais vie prolongée. »

Le dégagement final sur le festival-monde Burning Man (qui aurait inspiré le créateur de Second Life), en plein désert du Nevada, clos cette exploration de l’homme-mutant en tentant d’esquisser le portrait d’un « nouveau genre humain, polymorphe et télépathe, dont la perception psychique et sensorielle s’étend aux mondes invisibles ». Un membre explique ainsi que « dans le futur, notre technologie nous permettra d’être ici, physiquement, et aussi là-bas. » Nous trouvons-nous face à un film d’anticipation ?

Mashup des articles de Benoit Hické (poptronics.fr) et Damien Leblanc (cinema.fluctuat.net)

France - 2010 - 1h20 - VOSTF - 1,53Go résolution HD 720p (1280X720) - Capricci films. Avec Patrick Teal (le chat), Benjamin L. Faust (le révérend), Krista Kenneth (l’esclave).