Moi, la finance et le développement durableRéalisé par Jocelyne Lemaire-Darnaud

Il y a deux sujets dont on ne parle toujours pas librement aujourd’hui, au xxie siècle… l’un parce qu’on l’aime et qu’il est difficile de s’en passer, l’autre parce qu’il nous permet de faire les choses dont on ne peut se passer et qu’on aime : le sexe et l’argent. Et si on évoque plus souvent l’argent des riches – entendez riches… comme Mme Bettencourt – que celui du petit épargnant, les deux n’en font qu’un quand il s’agit de circuler dans les méandres du capitalisme financier.
Épargne de votre livret A ou B ou C, salaires virés sur votre compte courant, Épargne salariale, mais aussi fonds publics (de l’État, des collectivités territoriales…), se mélangent aux gros sous du multimilliardaire ou de la multinationale Tartempion and Co dans l’industrie chimique (pesticides…), pétrolière (essence…), automobile, agroalimentaire, le nucléaire, la fabrication des bombes à sous munitions… des projets tous plus assassins et climaticides les uns que les autres. Tout est bon dans le cochon, et les rendements juteux… Sic transit gloria mundi.

Mais le savons-nous ? Comment pouvons-nous placer notre argent sans jouer contre les autres ou la planète ? Quand tout incite à mettre un peu d’argent de côté pour plus tard, pour les enfants, pour notre retraite… Les crises successives, le réchauffement climatique et la loi NRE de 2001, qui incite (sans contrainte) les sociétés cotées en bourse à joindre à leur rapport financier un rapport développement durable, sont passés par là. Aujourd’hui, votre banque, si vous souhaitez investir, vous propose tout un tas de placements en faveur du Développement durable ou des Investissements Socialement Responsables (ISR), etc. Mais comment être sûr que cet argent finance bien un projet sympathique, qui ne tue pas, respecte les droits humains, l’environnement, voire… votre religion ? Depuis la loi NRE, des agences de notation extra-financière, Vigéo, par exemple, créée en 2001 par Nicole Notat (ex-Secrétaire générale de la CFDT), notent ces entreprises sur leur responsabilité pour nous permettre de faire le bon choix.
Mais, demanderez-vous, sur quels critères se fondent ces agences de notation pour décider de la bonne conduite d’une entreprise ? Comment ça se passe ? Qui les payent ? Qu’est-ce qu’une bonne conduite ? Mais encore… sans parler spéculation, quel chemin emprunte l’argent de nos salaires, (tout salarié étant obligé d’avoir un compte pour recevoir sa paie), les intérêts de nos emprunts, celui des assurances que nous souscrivons, de nos caisses de retraite, etc. ?

Sujet vaste et complexe, pas facile à traiter donc, il fallait trouver la bonne distance pour en parler. Sans se départir d’une dose d’humour et d’un brin de légèreté, Jocelyne L.D. réussit ce tour de force en alternant interviews (acteurs de la finance, économistes,…) et scènes de la vie quotidienne d’une ménagère, qu’elle joue elle-même. Et quoi de plus normal que d’interpréter le rôle principal, sa banquière lui ayant proposé, c’était en 2008, d’ouvrir un Livret Développement durable ? Développement de quoi et durable pour qui ? On rit, des moments sont cocasses, à d’autres on se demande si on a bien entendu ce que l’intervenant a dit, tellement c’est énorme. Et comme dans son précédent et excellent film Paroles de Bibs (qu’on vous propose aussi en Vidéo en Poche), Jocelyne ne manque pas de donner la parole à des personnes peu médiatisées qui, au sein même de la grande nébuleuse de la finance et à des niveaux différents, tentent de suivre une autre logique que celle de la stricte rentabilité. Avec eux, elle vous propose d’ouvrir le débat sur un sujet qui n’a pas lieu… pas encore. Comment pouvons-nous, chacun de nous, agir ? Son film propose des pistes… Et vous ?

Documentaire - France - 2010 - 1h35mn - 1,17Go résolution DVD