Les Toilettes du PapeÉcrit et réalisé par Cesare Charlone et Enrique Fernandez (5 nominations Festival de Cannes 2007)

Dans la petite ville frontalière de Melo, le travail ne court pas les rues. Alors on pédale ! On pédale toujours plus pour que le truand local gagne plus… Parce que les seuls patrons qui embauchent dans le coin, ce sont les revendeurs de produits de contrebande. Alors Beto, qui a la chance d’avoir un vélo et de bons mollets, ne cesse de faire la navette entre son Uruguay natal et le Brésil tout a côté. Le vélo chargé à bloc, il essaie d’échapper aux douaniers dans un jeu de course poursuite digne d’une partie de « gendarmes et voleurs ». C’est pas que la vie soit triste, on fait aller et on se paye de belles parties de rigolade avec les copains, les voisins qui galèrent de la même manière. Seulement Beto aimerait se sentir plus honnête dans ses pompes, pouvoir offrir à sa fille Silvia les études dont elle rêve et qu’elle puisse le regarder avec fierté. Or il n’y a rien de reluisant dans cette vie qui ne vous permet même pas de récolter le fruit de votre peine. Tous savent qu’ils ont peu de chances de s’extraire de leur condition. Pourtant chacun en rêve… Oh ! pas pour devenir franchement riche : juste pour vivre à l’aise, sans ressentir le manque, le besoin quotidien…

C’est alors que l’inespéré se profile dans les cieux : mieux encore qu’une loterie nationale… Une véritable manne miraculeuse qui leur arrive tout cru en papamobile bien astiquée ! Mille neuf cent quatre vingt huit ans après la naissance de Jésus Christ, le Pape en personne a décidé de faire escale à Melo, entraînant probablement dans son sillage des milliers d’ouailles en quête de la bénédiction divine ! Un débarquement programmé d’au moins 50000 fidèles brebis à tondre un petit peu… Aucune raison que les vieilles recettes des marchands du temple, éprouvées au Vatican, ne fonctionnent pas ici ! Et voilà nos braves habitants partis à rêver. Il faut et il suffit d’agir vite, de trouver la bonne idée : la babiole, le souvenir à vendre pour se transformer en vrai gagneur ! Chacun se creuse donc les méninges, décide de miser le peu qu’il a pour mettre en œuvre son idée, car, pour sûr, même dans les quartiers les plus miséreux, ils connaissent tous bien la chanson : il faut savoir investir pour gagner plus. Et chacun de s’activer, de trimer comme de pauvres esclaves pour ne pas laisser passer sa chance, le succès enfin accessible, à portée de main. Et d’acheter des montagnes de saucisses, et d’acheter des torrents de boissons à revendre… Car viendra le moment où ces bons chrétiens auront besoin de remplir leur panse, puis le besoin tout naturel de la vider, pense Beto… Et la voilà son idée de génie rien qu’à lui : il va construire des toilettes grand luxe qu’il pourra louer aux fidèles afin qu’ils se soulagent à leur aise… Il va se faire des coucougnettes en or avec celles des bons croyants : un trait de génie, vous-dis-je ! Et voilà notre homme parti à pédaler de plus belle, à piquer les économies de sa belle pour construire les plus belles chiottes que son quartier aura jamais vu !

Sous la bure burlesque dans laquelle se drape ce film, les réalisateurs dressent le tableau d’un pays, d’un continent, d’une époque dure aux pauvres, lesquels ne savent plus trop à quel saint se vouer pour survivre un peu mieux, ou un peu moins mal. Le constat est terrible mais le ton ne s’apitoie jamais et dégage une énergie sacrément communicative.

(EL BAÑO DEL PAPA) - Uruguay - 2007 - 1h35 - VOSTF - 1,17Go résolution DVD - avec des acteurs professionnels : Cesar Troncoso, Virginia Mendez… et des acteurs non professionnels…