8th WonderlandÉcrit et réalisé par Nicolas Alberny et Jean Mach (le film a reçu une foultitude de prix à Athènes, Montréal, Bruxelles, Washington, Tours…)

L’image saute d’une chaîne d’information à l’autre, et dans toutes les langues. C’est le monde tel que nous le percevons chaque jour, Babel d’ondes et de pixels. D’emblée, la forme audacieuse, zapping géant entre télévision et Internet, est intrigante. Les deux réalisateurs l’utilisent avec brio, pour cette fable politique grinçante, drôle et sombre. 8th Wonderland est le nom d’un site, ou plutôt un pays virtuel, une « utopie » en ligne où chaque citoyen connecté dans la « chat room » a le même désir : changer le monde, pour de bon. À mi-chemin entre les facéties des Yes Men et la violence d’Action directe, voilà les citoyens de ce pays virtuel qui passent à l’acte dans la vraie vie… Des distributeurs de préservatifs prétendument parfumés à l’hostie installés au Vatican à l’enlèvement de trois stars du foot obligées de coudre des baskets quinze heures par jour dans une usine asiatique, ces activistes ont une imagination débordante et conquièrent, peu à peu, les médias et le public international. Mais, au fond, qui manipule qui ?… À mesure que l’action se radicalise, que la célébrité de 8th Wonderland augmente, le film explore, avec une intelligence parfois féroce, les limites de l’activisme politique. Et montre sa récupération médiatique dans une société capable d’absorber et digérer ses pires ennemis…

Une démocratie qui s’appuie sur la sagesse de la foule peut-elle suppléer à un mode de gouvernement jugé vieillissant, manipulateur, corrompu et ayant perdu tout souci du bien-être des individus ? Nous croyons moins que jamais en nos dirigeants, en nos patrons, et nous nous méfions même à présent de nos banquiers. La mondialisation de l’information nous permet de constater que, quelles que soient les cultures, quels que soient les régimes, la crise de confiance est générale et que le discours qui consiste à dire que les choses sont pires ailleurs ne tient plus, ou fonctionne moins. Des initiatives diverses, parfois spontanées, font du réseau Internet un lieu d’échanges, de mobilisation et de citoyenneté qui parviennent parfois à remettre en cause temporairement les hiérarchies les plus établies.

8th Wonderland est sans doute le premier film de fiction à traiter aussi systématiquement du sujet et remplit très bien son contrat, apportant en France un genre de cinéma et des préoccupations complètement inédits. La radicalisation est-elle une fatalité ? La paranoïa est-elle l’aboutissement de toute conjuration ? La course au progrès aboutit-elle toujours à la réaction ? L’exercice d’un pouvoir se heurte-t-il nécessairement à ses contradictions ?…

France - 2010 - 1h34 - VOSTF - 1,69Go résolution HD 720p (1280X720) - avec Matthew Géczy, Alain Azerot, Robert William Bradford, Eloïssa Florez…