Oublier-Cheyenne.jpgRéalisé Valérie Minetto

Oublier Cheyenne est une fable lucide sur la nouvelle précarité, sur la nécessité de changer les choses, en même temps qu’un chant d’espoir sur la puissance de l’amour. Une comédie qui dit des choses graves sans jamais succomber au désespoir ni à la résignation. On n’oubliera pas Cheyenne, on n’oubliera pas Sonia. On n’oubliera pas Pierre et ses slogans décalés qui font mouche : « Le gouvernement nous pisse dessus, et les médias nous disent qu’il pleut ». Oublier Cheyenne est une histoire d’amour, une prise de conscience politique et sociale qui n’oublie pas l’humour et les sentiments.

Le début du film est urbain, très urbain, feux tricolores qui passent du rouge au vert, alors qu’il n’y a pas âme qui vive, dans le silence de la nuit… « C’est dans la ville que tous les personnages du film se rencontrent ou se sont rencontrés. C’est d’une certaine manière la ville la cause de tout le film, ou tout du moins la manière dont fonctionne le monde occidental. Les feux fonctionnent formidablement bien, mais il y a des gens qui dorment par terre. Pour moi, ce plan est peut-être un rêve que fait Cheyenne, ou même l’image mentale qui l’empêche de dormir. C’est ce monde-là qu’elle choisit de quitter au début du film. » (Valérie Minetto)
Cheyenne, c’est cette brune craquante, effectivement squaw dans l’allure ; elle est journaliste et vient de perdre son emploi. Elle file une vraie histoire d’amour avec Sonia, mais déçue, ulcérée par le monde qui l’entoure, elle décide de tourner le dos à Paris pour s’expatrier dans un coin de campagne. Sonia est prof de physique, déterminée, forte ; elle aussi est encline à la revendication, à la critique ou à la révolte. Mais elle choisit de rester, de lutter de l’intérieur, privilégiant des moyens d’action plus classiques. Avant tout, elle croit à la force de son désir, elle croit en son métier. Elle ne veut pas perdre Cheyenne et est convaincue qu’un modus vivendi est possible, mais elle refuse la marginalité. Elle va jusqu’au bout, elle essaie de sauver ce qui peut l’être…

Autour des deux filles gravitent d’autres personnages, tous intrigants, tous attachants : Béatrice la cynique un peu branque ; Pierre, un hédoniste qui choisit la contestation par l’humour ; Edith, qui s’est éloignée de la « civilisation » depuis longtemps, qui s’est construit un discours de révolte radical et bien huilé, mais qui à force de refus et de négation s’interdit le plaisir de vivre.
« Tous les personnages se positionnent par rapport aux problématiques de la consommation et de l’engagement, qu’il soit amoureux ou politique. Comment vivre ensemble dans un monde de plus en plus cruel ? Se moquer de tout, comme Béatrice ? Essayer de se battre à son petit niveau ? Ou aller même jusqu’à refuser toute relation sociale ou affective, comme Edith ? En vérité, chacun fait comme il peut.. Ce qui m’intéresse, au-delà du débat très contemporain autour de l’idée de décroissance, c’est de dire que l’engagement politique est indissociable de l’engagement humain. Les deux demandent la même forme de courage. Nous voulions également raconter une belle histoire d’amour, et montrer que ce qui peut mettre en danger les relations aujourd’hui, c’est justement la cruauté économique et sociale actuelle. » (Valérie Minetto)

France - 2005 - 1h26 - 1,07Go résolution DVD - Les Films du Paradoxe - avec Mila Dekker, Aurélia Petit, Malik Zidi, Laurence Côte, Guilaine Londez, Miglen Mirtchev… Scénario de Valérie Minetto et Cécile Vargaftig.