Mundo-grua.jpgÉcrit et réalisé par Pablo Trapero, Prix de la Critique à Venise en 2000 (premier long métrage de ce cinéaste argentin à qui l’on doit depuis notamment Leonera qui avait obtenu 8 nominations à Cannes en 2008).

Avec son noir et blanc qui rappelle un certain cinéma qu’on a tant aimé dans les années soixante-dix, Mundo grúa est une chronique superbement mélancolique, une histoire très belle, très forte dans sa simplicité qui vous accroche sans jamais dramatiser, ancrée dans une réalité scrupuleusement observée et restituée, mais qui s’en éloigne par une rêverie volontiers malicieuse, par des trouvailles (de situation, de décor, de mise en scène) qui piquent la curiosité et provoquent l’émotion.
Rulo, un ouvrier d’une cinquantaine d’années, voudrait devenir grutier sur un chantier. Pour l’heure, il vit petitement, subvenant aux besoins de sa mère et de son fils Claudio, musicien de rock velléitaire, sans emploi et sans grande volonté d’en trouver un. Mais Rulo aime bien ce grand dadais qui lui rappelle son propre passé de rocker dans les années soixante-dix : entre le père et le fils, le courant passe, les discussions sont chaleureuses. Rulo tombe amoureux d’Adriana, une veuve vendeuse de sandwiches qui va illuminer sa vie et qu’il présente à ses copains de chantier. Malheureusement Rulo n’obtient pas le job de grutier qu’il convoitait et, plutôt que continuer à vivoter à Buenos Aires, il accepte un boulot bien payé en pleine pampa, à quelques 2000 kilomètres de la capitale. Est-ce la fin de son histoire avec Adriana, est-ce la fin des virées avec les bons copains et des échanges musicaux avec son fils ?…

Pour tourner son film, réalisé avec un budget riquiqui, Pablo Trapero a fait appel à des comédiens pour la plupart amateurs. Le tournage s’est étalé sur un an, s’effectuant surtout pendant les week-ends. Trapero a fait le tour de sa famille (sa grand-mère joue dans le film) et de ses amis (le rôle principal est formidablement joué par un ami de son père). Le résultat, on le répète, est formidablement attachant, d’une justesse de ton constante. Pablo Trapero, âgé de 28 ans au moment du tournage, est l’un des fers de lance d’une nouvelle génération de cinéastes argentins en pleine éclosion. Mundo grúa est resté trois mois à l’affiche à Buenos Aires, succès inespéré pour un petit film « néo-réaliste » en noir et blanc.

« Tout semble s’y réduire sous l’effet d’une volonté humble. Mais cette petitesse ne doit pas être mal entendue. Au contraire. Sans être hautaine ou vaniteuse, elle a de la magnificence. Elle a la beauté des miniatures, de ces peintures de parchemin où brillent la précision du geste et le travail accompli avec attention. Tout y est délicatesse et douceur […] Ce film est une balade vouée à la gloire du Geste. Elle chante le plaisir qu’il y a à s’accomplir en lui. Ce peut être le geste du travailleur ou du mécanicien, celui de l’amant ou du musicien. Qu’importe si son étendue est restreinte, seul compte l’investissement que l’on y met. D’ailleurs il est rare qu’on le fasse uniquement pour soi. Ces gestes sont souvent un mouvement fait vers et pour l’autre. Aussi le faire avec circonspection est le signe d’un respect. Et l’autre le sent. »
« […] Dès lors, la modestie des moyens mis en œuvre, si elle est sans doute due à des contingences financières, n’en est pas moins révélatrice d’un choix. Elle est la marque d’un affranchissement. Face à ces machines à broyer que sont les films d’Amérique du nord, face à leurs images lisses et parfaites, seule vaut l’imperfection du grain pour souligner la fragilité d’un simple geste. A leur professionnalisme sans âme répond le tremblement de l’acte artisanal. On est ainsi en droit de voir, dans ce chant du geste bien fait, l’expression d’une morale. » (Manuel Merlet, Fluctuat.net).

Argentine - 1999 - 1h29 - VOSTF - 1,02Go résolution DVD - Les Films du Paradoxe - avec Luis Margani, Adriana Aizemberg, Daniel Valenzuel, Roly Serrano…