Mouton_2-la_puce_a_loreille.jpgFilm documentaire d’Antoine Costa et Florian Pourchi.

Jusque-là relativement épargné par le rouleau compresseur de l’industrialisation de l’agriculture, l’élevage ovin doit désormais faire face aux coups de béliers menés au nom de la sécurité du consommateur. Notre imaginaire se représente difficilement le berger moderne tel un geek tanké derrière un ordinateur ou vissé à son smartphone pour contrôler ses bêtes. Et pourtant… cette réalité est bien appelée à dominer l’élevage moderne. Depuis le 1er juillet 2010 une nouvelle norme impose aux éleveurs ovins d’apposer une puce RFID (radio frequency identification) sur leurs animaux à la place de l’habituelle boucle d’oreille ou du tatouage. Au nom de la traçabilité et du contrôle de la filière, l’État impose la puce via les autorités sanitaires et vétérinaires, pour la sécurité du consommateur et pour diminuer la pénibilité du travail de l’éleveur. Le puçage se généralise autour de nous, les informations se recoupent, la carte d’identité biométrique s’impose. À chaque fois avec de bon prétextes, de bonnes raisons, de bons arguments. Avec la directive européenne concernant le puçage obligatoire des cheptels ovins et caprins, nous assistons à la première obligation d’envergure de puçage du vivant. Une expérimentation grandeur nature dont les industriels se flattent. Mais d’où vient alors que cette obligation, si merveilleuse, rencontre une si farouche opposition des éleveurs ?

C’est que la lutte contre le puçage RFID des moutons n’est pas le premier combat que doit livrer la filière ovine. On se rappelle que le gouvernement français imposa la vaccination contre la fièvre catharale ovine en 2009/2010 puis se rétracta suite à de nombreux effets secondaires sur les bêtes et la forte mobilisation des éleveurs. Aujourd’hui, l’obligation du puçage accélère l’industrialisation de l’élevage ovin et caprin, domaine où les troupeaux de petites ou moyennes tailles sont encore relativement nombreux. Un engrenage essentiel dans une stratégie de contrôle de l’alimentation visant à conduire l’élevage vers d’autres mutations, sur le terrain de la génétique notamment, qui conduit à terme à ne plus considérer l’animal que comme une « usine à viande » et l’éleveur comme un « utilisateur ». En on s’étonne que les puces les démange…

France - 2012 - 1h18 - 1,13 Go résolution DVD - Synaps Collectif Audiovisuel.