Toto-qui-vecut-deux-fois.jpgÉcrit et réalisé par Daniele Cipri et Franco Maresco (leur précédent film, L’Oncle de Brooklyn, sort en salles le 3 juillet). C’est du cinéma pas poli et pas joli, c’est du cinéma mal élevé et mal lavé, c’est du cinéma qui se fout pas mal du regard oblique des passants honnêtes. C’est du cinéma jubilatoire, subversif et qui déborde d’une humanité viscérale.

Toto qui vécut deux fois est par ailleurs un film absolument sicilien, qui regorge à tous les plans de tout ce que cette île merveilleuse et terrible peut apporter. Un film dont la beauté de chaque image en noir et blanc, digne des œuvres de John Ford ou Howard Hawks – références du duo de réalisateurs – rappelle combien cette ile est la source millénaire de bien des civilisations et n’a rien perdu de son antique beauté. Mais un film qui rappelle aussi que la Sicile c’est, pour l’Italie du Nord, repue et proprette, son furoncle. Une île gangrénée par la mafia et sa violence, la pauvreté crasse, l’obscurantisme religieux encore omniprésent. Dans Toto qui vécut deux fois, tous les personnages sont terriblement laids, crasseux et magnifiques, obsédés par la religion et son corollaire le sexe (on n’ira pas nous faire croire que toutes les madones en extase qui ornent les églises italiennes le sont uniquement par mysticisme), terriblement impulsifs et sanguins, et toujours hantés par la soif de vengeance.

Mais votre Toto qui vécut deux fois, il cause de quoi hein ? Bien dur à vous raconter tant ce film incroyable, à l’image d’une tragédie médiévale, est construit comme un triptyque génialement improbable. Dans le premier volet, il y a Paletta, un obsédé sexuel muet qui, pour se payer « Trois Cylindrées », une pute légendaire de passage, va voler un tabernacle, un truc qui se fait vraiment pas dans un pays catho comme la Sicile. Dans le deuxième, il est question de la veillée mortuaire d’un homosexuel à laquelle l’amant du défunt est attendu de pied ferme par son frère, pas du tout du tout gay friendly. Enfin dans cathartique dernier volet, Toto, un vieux messie tout moche, parcourt l’île et ressuscite au passage Lazare, un mafioso ultraviolent qui avait été dissous dans l’acide.

Autant dire que tout ça est furieusement dingo et beau à la fois, tel un film de Pasolini ou de Buñuel qui ne se serait pas du tout pris au sérieux. En tout cas les crétins de la censure italienne ont pris tout ça très au sérieux car, bien que sélectionné au Festival de Berlin, le film fut totalement interdit pendant six mois au moment sa sortie en Italie en 1998, et ce avec la bénédiction du plus crétin et du plus saint-sulpicien des réalisateurs italiens, Franco Zeffirelli. Heureusement, d’autres cinéastes (Bernardo Bertolucci, Marco Bellochio, Mario Monicelli, etc.) menèrent un combat acharné qui permit au film de sortir enfin. En France, le film a mis dix ans à trouver le chemin des écrans grâce au courage des deux Don Quichotte de la distribution, le duo de ED Distribution. On leur en sait grâce.

(TOTO CHE VISSE DUO VOLTE) Sicile - 1998 - 1h30 - VOSTF - 1,1 Go résolution DVD - ED distribution - avec Salvatore Gattuso, Marcello Miranda, Carlo Giordano, Pietro Arcidianoco…