Amants-electriques.jpgFilm d’animation écrit et réalisé par Bill Plympton.

On ne présente plus aux amateurs de cinéma d’animation le génial Bill Plympton (l’ensemble de ses films est disponible en Vidéo en Poche, un chouette cadeau à faire, les huit films pèsent en tout 7,4 Go), l’homme qui revisite à travers chacun de ses films l’imagerie de l’Amérique de la fin des fifties, celle de son adolescence, celle des pin-up et des rockers machos, des grosses bagnoles qui se moquent de la crise énergétique, de la conquête de l’espace, des monstres de SF, de la peur nucléaire et des communistes… Un monde faussement insouciant dont il traite de manière volontairement excessive les us et les travers, avec une ironie cinglante teintée d’une irrépressible tendresse, et avec un penchant affirmé pour les choses du sexe… Plympton est le génie de la métamorphose des corps, des objets et des paysages que lui permettent une imagination visuelle débordante et une animation hyper-dynamique, qui laissent toute sa place à une poésie brute de décoffrage. Fait rare, maître Bill a été deux fois récompensé d’un Grand Prix du prestigieux Festival du film d’animation d’Annecy : pour L’Impitoyable lune de miel (déjà une histoire de sexe contrarié) et pour Les Mutants de l’espace. Même s’il ne court pas après les breloques (lui qui se fit garde forestier dans une région introuvable pour échapper à la conscription pendant la guerre du Viet-Nam), c’est tout de même la marque qu’on a affaire à une sacrée pointure !

Dans le premier long plan séquence extraordinaire qui ouvre Les Amants électriques, on suit en toute fluidité virtuose une jolie fille aux formes vertigineuses qui marche élégamment tout en tentant de lire coûte que coûte un livre semble-t-il absorbant et en retenant son chapeau prêt à s’envoler, tout cela sous le regard médusé des hommes fascinés sur son passage. Plus tard, à la fête foraine, la belle Ella va avoir un accident spectaculaire d’auto-tamponneuse et Jake, un homme, un vrai, garagiste aux muscles saillants, va la secourir, n’hésitant pas à risquer l’électrocution… Résultat : coup de foudre immédiat, les deux amants ne quittent plus leur lit d’amour puis, peu à peu, s’installent dans la routine, le linge pour madame, la tondeuse pour monsieur. Mais le couple s’aime… jusqu’à ce que, à cause des manigances d’une jalouse, s’installe le soupçon d’infidélité réciproque et à partir de là rien ne va plus… Ça devient même carrément le chaos : Jake, persuadé que son épouse le trompe, enchaîne du jour au lendemain les conquêtes, plus par dépit que par réel désir. Et je ne vous parle pas du bordel quand une machine de téléportation des esprits s’en mêle… Vous vous dites que c’est complètement dingo ? Normal, ça l’est, il faut le voir pour le croire !

Comme dans chacun de ses films, mais cette fois ci peut-être de manière encore plus aboutie et avec une invention graphique prodigieuse, Bill Plympton détourne de manière hilarante les codes du sentimentalisme mièvre des romances années cinquante, se permettant tous les excès, tant dans la narration que dans le dessin et les mouvements de ses personnages déformés par la passion. Et quand on sait que Bill Plympton travaille de manière totalement artisanale, on se dit que la prouesse est d’autant plus exceptionnelle. Et on se laisse embarquer sans résistance dans l’histoire d’amour mouvementée de Jake et Ella, jusqu’à l’apothéose aussi finale qu’apocalyptique.

USA - 2013 - 1h16 - VOSTF - 1 Go résolution DVD - ED distribution