Grandes-personnes.jpgRéalisé par Anna Novion, avec Jean-Pierre Darroussin, Judith Henry, et Anaïs Demoustier.

Des décors somptueux, un apprenti-archéologue à la recherche d’un trésor ancien, une histoire d’amour… ce n’est pas la dernière superproduction de Spielberg, mais le premier film d’Anna Novion, sensible, délicat, rempli d’humour, de fjords, et de couleurs pastels. Jean-Pierre Darroussin nous dit de cette première épure : « C’est un film qui déborde d’amour dans chaque plan, dans chaque paysage, dans chaque scène. Un film fait avec des kilos d’amour. C’est un film qui me fait plaisir, qui dénote dans le paysage français. Il me fait penser à l’élégance de certains films britanniques. Je suis très fier d’être dans ce film. »

Chaque été pour l’anniversaire de sa fille Jeanne, Albert Neubot (Jean-Pierre Darroussin) l’emmène visiter un nouveau pays d’Europe. Pour ses dix-sept ans, il choisit une petite île suédoise, convaincu d’y trouver le trésor perdu d’un Viking légendaire. Car Albert n’est pas le premier touriste-bibliothécaire venu, le choix de cette île est le fruit de recherches minutieuses, et c’est fièrement armé d’un détecteur de métaux dernier cri qu’il compte découvrir avec sa fille ce fabuleux trésor que des générations de touristes-bibliothécaires ont cherché en vain. Pour leur bivouac, nos deux aventuriers ont pris soin de louer une charmante petite demeure aux couleurs vives et aux parterres fleuris, mais les vacances de M. Neubot, soigneusement organisées, vont alors prendre un tout autre tournant…
La maison louée pour leur séjour est déjà occupée par deux femmes : Annika, la propriétaire des lieux, et Christine (Judith Henry), une amie française qui n’est pas sans trouver un certain charme poussiéreux à ce vieux rat de bibliothèque. Ce n’est pas pour déplaire à Jeanne, car même si elle aime beaucoup son papa, elle aurait préféré passer ses vacances avec des garçons de son âge. Tous quatre vont devoir vivre ensemble pendant quelques temps, ce qui va bousculer leurs certitudes et leurs illusions, et l’on verra que ces « grandes personnes » ont des sentiments bien juvéniles.

Les espaces, le vent, les couleurs occupent une place prépondérante. Ils collent aux émotions de personnages qui touchent juste, tant par l’interprétation des comédiens que par une écriture soignée du scénario et des dialogues : Darroussin incarne avec finesse ce père un peu coincé, incapable d’exprimer ses sentiments, sincère mais souvent à côté de la plaque, tandis que la jeune Anaïs Desmoutier campe une adolescente obéissante, pleine d’interrogations, déroulant un jeu subtil fait de regards et de silence. Anna Novion impose un rythme alangui. Souvent sa caméra s’attarde sur un dos, une émotion discrète. Elle filme par touche des scènes simples, préférant montrer que démontrer. Filmés avec pudeur et tendresse, les acteurs peuvent ainsi révéler toute la fragilité de leurs personnages. Délicate, la réalisation l’est toujours, nous transportant dans un univers intimiste, rassurant, à la musique aérienne. La nature scandinave est dévoilée dans toute sa splendeur par de grands plans, larges et lumineux. Ici, ce ne sont pas les personnages qui font l’histoire mais l’histoire qui les façonne : Albert trouvera un trésor… quel qu’il soit.

France / Suède - 2007 - 1h21 - 808 Mo résolution DVD - Memento Films - avec Jean-Pierre Darroussin, Judith Henry, Anaïs Demoustier, Lia Boysen… Scénario d’Anna Novion, Béatrice Colombier et Mathieu Robin.