Oslo-31-aout.jpgUn film de Joachim Trier (Festival Premiers Plans Angers 2012 : Grand Prix du Jury et Prix d’interprétation masculine).

Il y a au départ un roman splendide, bref et sépulcral : Le Feu follet, écrit en 1931 par le brillant écrivain dandy Pierre Drieu la Rochelle, passé du surréalisme et du socialisme à la fascination pour le fascisme, jusqu’à devenir l’un des plus célèbres écrivains collaborationnistes. Il se suicida à la Libération, après avoir refusé la protection d’un certain André Malraux. Le Feu follet c’est l’histoire d’André Leroy, un homme alcoolique, pourtant bien sous tous rapports, cultivé et de la bonne société mais que le vide existentiel ronge jusqu’à l’autodestruction. Le Feu Follet, c’est les 48 heures que l’homme suicidaire se donne pour faire rebondir sa vie en allant à la rencontre de ses proches et des fantômes de son passé. Le livre devint en 1963 un très beau film de Louis Malle avec un inoubliable Maurice Ronet dans le rôle d’André Leroy.

Ici André Leroy est devenu le norvégien Anders. Il n’est pas, signe des temps, alcoolique mais toxicomane en fin de cure. Il n’a rien d’un renégat de la société, il est au contraire un intellectuel et journaliste brillant à qui tout devait réussir. A Oslo, capitale tolérante, il pourrait sembler aisé de soigner son addiction, les centres de traitement ressemblent à de petits châteaux cosy, on y parle de son mal être entre jeunes gens beaux et posés. Et pourtant, à quelques heures de sa première sortie, Anders descend à la rivière proche, se saisit de la plus grosse pierre trouvée et tente de s’enfoncer dans l’eau profonde. Mais l’instinct de survie reprend le dessus, il remonte dans sa chambre et s’habille pour entamer la sortie qui décidera ou non de sa vie future : il doit se présenter à un entretien d’embauche pour être secrétaire de rédaction d’un magazine, et il en profitera pour renouer avec amis et famille.

Mais on a beau être brillant, quand le moral est en miettes et qu’on est obsédé par le regret des occasions ratées et des mauvais chemins pris, pas facile de reprendre pied. L’employeur éventuel se montre amical et intéressé mais ses questions se font insistantes, son regard insidieux et Anders préfère partir et abandonner la partie. Et comment retrouver la complicité avec son ancien ami de bringue qui est devenu un honnête père de famille et qui fait semblant de baigner dans un bonheur tranquille ? Rapidement la journée devient une errance dans la ville qui elle-même s’est transformée, brouillant les repères d’Anders, une errance qui le mène de désillusion en désillusion : anciennes amours résignées, amis futiles ou qui ne lui pardonnent pas ses erreurs passées, famille fuyante ou brisée par les dépenses excessives qu’il a causées. Et ce n’est pas forcément la fuite dans la fête, ses amours et ses plaisirs éphémères, qui va combler le vide…

Oslo 31 août - la date est emblématique, elle évoque pour les Scandinaves la fin de l’été, l’angoisse d’un hiver interminable et propice au spleen – est une splendide réflexion sur la solitude dans nos sociétés opulentes où toute faiblesse est cachée et rejetée, et où il n’est pas simple de renaître à la vie après une épreuve. Réflexion aussi sur l’illusion qu’il y a à essayer de se reconstruire à partir d’éléments de son passé. Le non-acteur Anders Danielsen Lie (il est médecin dans la vie et ne joue que dans les films de son ami Joachim Trier) porte magnifiquement sur son visage anguleux et marmoréen la beauté et le désespoir de son personnage homonyme. La mise en scène et la narration resserrée (tout se passe en 24 heures) confèrent une tension magnifique à la course d’Anders vers la vie ou la mort…

Norvège - 2011 - 1h34 - VOSTF - 1,97 Go résolution HD 720p (1280X720) - Memento Films - avec Anders Danielsen Lie, Hans Olav Brenner, Ingrid Olava… Scénario d’Eskil Vogt et Joachim Trier, librement adapté du roman Le Feu follet, de Pierre Drieu La Rochelle.