De-l_autre-cote-de-la-porte.jpgÉcrit et réalisé par Laurence Thrush

On a de la société japonaise une image d’excellence économique, de modernisme accompli et de pointe technologique. On sait également qu’au Japon, la prégnance d’une culture ancestrale a maintenu les notions de groupe et de famille au cœur des valeurs sociales. Entre ces deux registres, entre modernité et tradition, s’opèrent parfois des frottements que le cinéma japonais s’est toujours évertué à décrire avec une grande lucidité (revoir Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa ou Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-Eda pour les plus récents). De l’autre côté de la porte s’intéresse précisément à un ces phénomènes sociaux typiquement nippons que sont les Hikikomoris. Les Hikikomoris désignent ces personnes, principalement des jeunes garçons, qui décident soudainement de se couper de la vie sociale en vivant reclus dans un espace confiné, leur maison et souvent même leur chambre, refusant tout contact avec le monde extérieur. Cet état de rupture peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années. Sous les traits d’une fiction particulièrement bien documentée, ce très beau film apporte un éclairage délicat et touchant sur cette expérience radicale, aussi difficile à comprendre qu’à accepter.

Un soir en rentrant de l’école, Hiroshi refuse brutalement d’avancer. Il stoppe net sur le trottoir pourtant fréquenté, et il faudra l’insistance de son cadet pour que les deux frères finissent par rentrer dans leur petit pavillon de la banlieue de Tokyo. Ce signe avant-coureur prendra tout son sens quelques jours plus tard, quand Hiroshi décidera de ne pas descendre prendre son repas avec sa mère et son petit frère. Il restera cloîtré dans sa chambre pendant les deux années suivantes ! Imaginant une fatigue temporaire, puis un passage à vide, la mère de Hiroshi ne comprend pas ce qui se passe. Elle interroge son frère sur d’éventuels problèmes, cherche à discuter avec Hiroshi à travers la porte. Mais rien ne sortira l’adolescent de son mutisme.

La grande qualité du film est de ne jamais chercher à établir directement les causes de cet enfermement et surtout pas de pénétrer dans l’univers d’Hiroshi. En revanche, son comportement crée une onde de choc dans la cellule familiale et c’est en analysant le phénomène à travers ceux qui la subissent que le film choisit judicieusement son point de vue. La mère d’Hiroshi évite dans un premier temps d’alerter son mari, que sa situation professionnelle rend sûrement trop peu présent. Ce qui s’abat sur la famille est ressenti comme une véritable honte, inavouable aux voisins, à l’école, aux copains… Et comment l’expliquer au petit-frère d’Hiroshi ? Comment continuer à vivre « normalement » lorsqu’on a pour seules nouvelles de rares bruits de pas et le plateau-repas que l’être qui vous manque rend vide chaque soir sur le pas de sa porte ?

L’excellent choix de distanciation de De l’autre côté de la porte est sans doute dû en partie à la position de son réalisateur. D’origine britannique, Laurence Thrush s’est intéressé aux Hikikomoris en pur observateur, et non en spécialiste ou en fin connaisseur du Japon. Il a mené un long travail de recherche auprès des familles, auprès d’anciens Hikikomoris – dont Kenta Negishi qui joue le rôle d’Hiroshi – ou auprès de thérapeutes, notamment celui du film, très beau personnage qui travaille à l’ouverture d’un dialogue. La mise en scène porte le souci de ce réalisme en optant pour des espaces réels restreints et en trouvant le rythme juste pour décrire cette épreuve au long cours. Avec inventivité, l’utilisation du noir et blanc réserve un subtil travail sur les zones d’ombre d’un phénomène qui touche plus de 250 000 personnes au Japon.

Japon - 2009 - 1h50 - VOSTF - 2,1 Go résolution HD 720p (1280X720) - ED distribution - avec Kenta Negishi, Kento Oguri, Masako Innami, Takeshi Furusawa, Sadatsugu Kudo…