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Film documentaire de Richard Brouillette, avec Noam Chomsky, Ignacio Ramonet, Normand Baillargeon, Susan George, Omar Aktouf, Bernard Maris (Oncle Bernard), Michel Chossudovsky, François Denord, François Brune, Martin Masse, Jean-Luc Migué, Filip Palda et Donald J. Boudreaux…

Ces deux heures et quarante minutes sont passionnantes, les différents intervenants qui se succèdent devant la caméra attentive de Richard Brouillette, éclairant les tenants et aboutissants de la pensée néolibérale. C’est la durée nécessaire du déroulement de la parole, filmée sobrement et sans artifice. C’est aussi la durée pour permettre notre propre réflexion.

Pourquoi, en un peu plus d’un siècle, est-on tombés dans les filets du néolibéralisme. D’abord les origines de cette pensée qui, partant de l’Esprit des Lumières face à l’absolutisme, s’est corrompue jusqu’à devenir l’outil de domination pour une minorité. Le film explique principalement comment, à travers de très secrets et très influents cercles de réflexion (les fameux think tanks, telle la société du Mont Pèlerin, née après la guerre autour de l’économiste Von Hayek), cette pensée s’est imposée comme une évidence aux gouvernants et à leurs prétendus opposants socio-démocrates qui ont fini par se couler dans le moule. Sont ainsi mis en évidence les réseaux d’influence, le poids de l’éducation économique, l’éradication progressive de la dimension morale en économie, les outils de la propagande par des médias serviles. Chomsky analyse historiquement les paradoxes de cette pensée dans le monde occidental de l’après guerre, qui s’est livré à l’interventionnisme et au protectionnisme pour ensuite choisir le libre échange une fois sa situation économique rétablie. Ramonet montre la faillite de la gauche, symbolisée en France par le renoncement des gouvernements Mitterrand, et parle d’une pensée unique qui a fait de nous les sujets d’un « régime globalitaire »…

À entendre les ahurissants libertariens (c’est d’ailleurs très bien que Brouillette donne aussi la parole au pires promoteurs du néolibéralisme), qui osent dire après la crise que « la redistribution des richesses est immorale parce qu’elle va à l’encontre de l’effort individuel », on comprend mieux le combat rétrograde contre Obama et sa réforme de la santé… Et traine toujours, rappelé par Bernard Maris, ce mythe de « la main invisible qui régule naturellement le marché et joue sur l’antagonisme des égoïsmes et qui n’aurait pas besoin de l’intervention publique ». Sorti au moment de la crise des subprimes, L’encerclement n’a pas perdu une once de sa valeur…

France - 2009 - 2h40 - 1,59 Go résolution DVD - Les Films du Paradoxe

PS : en 2000, Richard Brouillette avait interviewé Bernard Maris pour L’Encerclement (qu’il finira bien plus tard, en 2008). La disparition de Bernard Maris rendait important d’extraire cette leçon ludique et jubilatoire d’économie à la portée de tous, sortie en salle cette année sous le titre : Oncle Bernard, l’anti-leçon d’économie.