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Écrit, réalisé, photographié et monté par Quentin Dupieux (Prix du Président Albert Dupontel, Festival Groland 2013). Musique de Mr Oizo.

Quelle apocalyptique galerie de portraits de flics ! Quelle tableau jérômeboschien de la famille poulaga ! Hideux, difformes, libidineux, corrompus, vulgaires autant dans leur propos que leurs attitudes, toujours un bon mot raciste à glisser, sadiques envers le faible, soumis envers le fort, obsédés par les magouilles diverses et le détournement de drogues… Et une passion démesurée pour la techno qui en fait danser certains en slip kangourou devant leur amant travelo. Bon vous l’aurez compris, les flics qui sont les héros de ce grand cinglé de Quentin Dupieux sont purement imaginaires et toute ressemblance avec des policiers existant ou ayant existé serait absolument fortuite…

Mais au fait, si vous débarquez complètement et ne connaissez pas l’univers de l’animal, il faut qu’on vous résume le pedigree. Quentin Dupieux s’est fait connaître en 1997 sous le pseudonyme improbable de Mr Oizo. En pleine ascension de la French touch electro, le bonhomme se voit offrir la réalisation d’une campagne de pub pour la marque Levis mettant en scène une marionnette jaune et moche à la tronche aplatie, Flat Eric. Résultat : le titre entêtant qui rythme le spot prendra la tête des charts, et la marionnette se vendra à des millions de copies, devenue objet culte des nineties. Depuis, Quentin Dupieux, tout en poursuivant son parcours de DJ archi-célébré, est devenu réalisateur d’objets filmiques totalement barrés : Steak, Rubber, Wrong
Wrong cops est finalement son film le plus « raisonnable », dans la mesure où l’on suit de manière assez linéaire le récit croisé des agissements de plusieurs personnages : Duke, l’officier pervers branché came et techno ; Renato, le flic lubrique qui fait du chantage aux femmes automobilistes pour qu’elles lui montrent leurs seins ; Sunshine, le flic corrompu au passé inavouable dont il craint plus que tout qu’il soit révélé à sa famille ; Shirley, la fliquette vénale ; et, the last but not the least, Rough, l’officier compositeur de techno qui cherche à percer dans l’industrie musicale. Le film est énôôôrme et fait se succéder des situations ubuesques qu’on se gardera bien de détailler pour ne pas gâcher la surprise. Des situations prises à bras le corps par des acteurs aux tronches incroyables, qui jouent le jeu à fond : des habitués de l’univers de Dupieux, notamment Eric Judor qui incarne Rough, affublé d’une bosse monstrueuse et d’un bandeau de pirate, ou Mark Burnham, qui prête sa gueule et sa carrure de brute à l’abominable Duke… mais aussi des petits nouveaux, comme Marylin Manson sans maquillage, invraisemblablement convaincant dans son rôle d’ado mélomane alors que l’acteur-musicien vient de fêter ses 45 ans.

La force de cette comédie burlesque tient aussi à sa mise en scène quasi lynchienne (pas un hasard si un des rôles secondaires a été confié à Ray Wise, le père de Laura Palmer dans Twin Peaks) qui met en valeur l’étrangeté inquiétante des banlieues californiennes. Sans oublier la musique (intégralement signée Mr Oizo) omniprésente autant dans nos oreilles que dans le scénario, tous les personnages étant obsédés dans des circonstances diverses par la musique techno. Tant et si bien que, quelque soit la qualité de ses rapports avec la maréchaussée, le spectateur n’a qu’une envie au moment du générique final : enfiler vite fait un uniforme et danser avec ces zhéros tous plus cinglés les uns que les autres…

France/USA - 2013 - 1h22 - 1,6 Go résolution HD 720p (1280X720) - UFO Distribution - avec Mark Burnham, Eric Judor, Marilyn Manson, Steve Little, Arden Myrin, Eric Wareheim, Grace Zabriskie, Ray Wise…