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Film documentaire de Victoria Vermejo, d’après le roman de Javier Baladia, également scénariste et protagoniste du film.

La famille de Javier Baladia est une mine intarissable d’inspiration pour l’écrivain et scénariste, qui nous entraîne dans une plongée virevoltante, tendre et ironique, au sein de sa propre saga familiale. Au travers d’un récit truffé d’anecdotes romanesques, sinistres ou drôles, il se livre à une véritable chronique sociale autour de ce petit cercle protégé où barbotèrent ses ancêtres de la haute bourgeoisie catalane. Galerie de personnages déconcertants qui traversèrent leur époque avec désinvolture, insouciance, arrogance, mais avec la conscience de faire partie d’une élite qui se devait de faire honneur à son rang et de maintenir le titre prestigieux de « Citoyens Honnêtes » que leur avait attribué la ville de Barcelone. C’est ainsi qu’ils frayèrent avec les grands de ce monde, les intellectuels, les inventeurs, les artistes, construisirent un petit empire, avant de tomber dans la déchéance, laissant pour tout héritage à leur descendant quelques recettes de cuisine, des photos, et puis des films. Les maisons y sont grandiloquentes, les jouets des mômes sont des petites prouesses de génie à une époque où d’autres se contentaient d’une simple orange à noël. Chacun à sa manière apprivoise la caméra familiale, objet de grand luxe à l’époque. Plus qu’il n’en fallait pour faire revivre ces êtres étonnants qui participèrent à la transformation de Barcelone la provinciale en une grande capitale européenne.

Entre deux expositions universelles, les architectes revisitaient la ville, Gaudi et Puig i Cadafalch en tête, se faisaient concurrence pour concevoir les plus beaux immeubles. Et les riches familles entraient dans la valse, ne se refusant rien, soutenant les artistes dans leurs plus beaux délires. Josep Pla, Nijinski, Barbara Hutton, Richard Strauss, Gardel… qui n’a pas côtoyé les Baladia ? Chacun pourrait être à lui seul le sujet d’un roman. Il y eut ces tourtereaux inséparables qui se moururent d’amour. Il y eut la trop belle Ben Plantada, détestée par sa belle-mère mais qui inspira peintres et écrivains (notamment Eugène d’Ors). Il y eut des bosseurs de première : la redoutable grand-tante Ramona, une des premières femmes chef d’entreprise à une époque où le deuxième sexe n’avait même pas le droit de vote ! Accessoirement surnommée la Calamity Jane catalane tant elle était prompte à dégainer son colt pour résoudre les conflits avec les ouvriers de ses usines textile. Il y eut des noceurs redoutables : l’oncle Gip, bon vivant, trop gâté et inconséquent… Il y eut le Padri industriel et mécène. Et tous les domestiques qui dépendaient d’eux, le cuisinier surtout qui maintenait le standing de la famille en préparant des repas de galas en temps de guerre avec de simples pommes de terre.

Il y eut encore tout ce que l’histoire ne dit pas… Tout un monde désormais enterré, mais qui laisse dans la Barcelone actuelle des traces que ce réjouissant documentaire nous fait découvrir avec bonheur.

Espagne - 2012 - 1h40 - VOSTF - 1,14 Go résolution DVD - Ibéri Films.