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Écrit et réalisé par Alex Van Warmerdam.

Abel, c’est le premier film, longtemps inédit, d’Alex Van Warmerdam, hollandais de son état et allumé de première catégorie, dont on vous proposait déjà Les Habitants, toujours disponible au catalogue. Abel est un grand coup de pied dans la cellulaire fourmilière familiale, un grand éclat de rire jeté à la face de la mesquinerie.

Abel est déjà grand, mais il porte toujours des pull-over aux couleurs vives qu’on dirait tricotés par sa maman. Quand commence le film, on se dit qu’il vient tout juste de renoncer au port de la culotte courte au profit du pantalon long, lonlaire… Abel a déjà trente ans mais il vit toujours chez ses parents. Mieux même, ou plutôt pire…, il semble ne jamais sortir de leur appartement. Ce qui réjouit fort sa maman, Colombe, avec laquelle il entretient une relation tellement privilégiée qu’on se demande… Par contre, ça exaspère son papa, Victor, sous-directeur d’une grande entreprise, qui ne supporte plus de voir son grand couillon de fils glandouiller dans les jupes de sa mère, qui est donc sa femme, encore que ce que l’on nomme comiquement le devoir conjugal soit de toute évidence passé depuis un bout de temps aux profits et pertes d’un mariage qui tient uniquement par le vernis des conventions. Bref, le trio familial est infernal, les repas sont lourds et orageux en fin de journée, le moindre “passe-moi le sel” du père au fils se chargeant d’une électricité qui ne cherche que le court-circuit…

Et pourtant la vie continue, mesquine, dans cet appartement tiré au cordeau, confit dans son ambiance « Habitat ». Maman se consacre à son intérieur (n’allez pas croire qu’elle réfléchit à ce qu’elle pense ou ressent), le chignon strict et le tailleur itou, profitant de tout le confort moderne que la bonne situation de Papa lui a permis de s’offrir. De son côté Papa travaille de son mieux à conserver sa bonne situation qui lui permet d’offrir tout le confort moderne à Maman, et de courir le jupon dans la limite du temps qui lui est imparti : entre la sortie du bureau et l’heure légale de retour dans son home, sweet home…

En père conscient de ses responsabilités, Victor essaie d’amener son fils à plus d’autonomie, en d’autres termes de lui faire débarasser le plancher. Mais Abel fait de la résistance et décourage successivement un psychiatre, un magnétiseur, et une jeune femme supposée le séduire et qui fuira la maison, épouvantée, au terme d’une soirée cauchemardesque à souhait (scène mémorable, dite « des harengs »…).

Il faudra que Colombe passe les bornes de la complicité maternelle, en achetant à son fils un téléviseur synonyme de pantouflage accru, pour que Victor sorte définitivement de ses gonds et flanque Abel à la porte. Et c’est ainsi qu’Abel découvrira la rue, les voitures, les vitrines, les bistrots… et Suzy, un beau brin de fille qui a déjà tapé dans l’œil de Victor. On vous laisse imaginer le pataquès et vous régaler à cette comédie frondeuse qui règle leur compte aux conventions.

Pays Bas - 1986 - 1h43 - VOSTF - 1,03 Go résolution DVD - ED distribution - avec Henri Garcin, Alex Van Warmerdam, Olga Zuiderhœk, Annet Malherbe…